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![]() Histoire
- Vieux loup de l'animation -
Oeuvre en mouvement perpétuel
- Bapteme de feu - Animation
= cinéma - Méthode classique
- L'homme et l'animal - Le
petit chaperon nippon - De l'humanité
dans un monde de bêtes - Passé
japonais - Projet ambitieux
- La dream Team de l'animation japonaise
- Réalisme sur cellulo -
Partition musicale - Uchronie
- Histoire d'un pays - Symbolisme
- Le cinéma - Première
sortie - Voyage autour de la terre
- Fiche technique
HISTOIRE Au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale gagnée par les Allemands, le Japon plonge dans une
dictature qui rend le climat social instable. Pour éradiquer des opposants
au système comme "La Secte", un groupuscule terroriste qui utilise
des enfants pour transporter des explosifs, le gouvernement met en
place l'Unité Panzer, une division armée de la Police de Sécurité
Métropolitaine, la POSEM.
Au cours d'une mission à Tokyo, Fusé, un membre de cette unité d'élite, refuse d'abattre une jeune fille, surnommée "Petit Chaperon Rouge". Celle-ci se suicide devant lui en activant la bombe qu'elle portait. Fusé est alors démis de ses fonctions pour manque de courage. Hanté par le souvenir de l'enfant, il se rend sur sa tombe et fait la connaissance de sa soeur aînée dont il tombe amoureux. Cette rencontre fortuite aurait-elle un rapport avec le complot destiné à anéantir l'Unité Panzer et sa "police des polices" la brigade mythique des Jin-Roh ? Directeur de l'animation de nombreuses séries animées,
Mamoru Oshii, crée avec "Dallos" en 1983, la première OAV ("Original
Animation For Video", série animée destinée à la vidéo). Deux ans
plus tard, il réalise en étroite collaboration avec le peintre-illustrateur
Yoshitaka Amano, "L'Oeuf de l'ange", considéré au Japon comme le plus
grand dessin animé. En 1988 et 1993, il renouvelle le film de "mécha"
(terme issu de l'anglais "mechanical" et qui désigne les robots géants
mais aussi les armes, les véhicules et les engins spatiaux) avec "Patlabor"
et sa suite, le premier dessin animé multimédia, puisque décliné sur
plusieurs supports : OAV, films d'animation, mangas, série TV, jeux
vidéo, roman... Il obtient la reconnaissance mondiale (et surtout
occidentale) en 1995 avec l'adaptation du célèbre manga de Masamune
Shirow, "Ghost in the Shell". Le film obtient un fort retentissement
et compte parmi ses admirateurs James Cameron et Stanley Kubrick.
Venu du cinéma d'animation, Mamoru Oshii aborde
le cinéma en prises de vues réelles avec deux films, "Lunettes Rouges"
en 1986 et "Straydogs Panzer Cops" en 1991. Ce dernier est adapté
du manga scénarisé par Oshii sur des dessins de Kamui Fujiwara, dont
le quatrième épisode inspire le scénario de "Jin-Roh". En 1993, cette
histoire d'une unité militaire suréquipée fait naître dans l'esprit
du réalisateur un projet de long métrage animé : "Je voulais écrire
une histoire qui parle de notre société, de ses excès, mais aussi
de la bestialité qui sommeille en chacun de nous. Je voulais également
exprimer que la passivité et la cohérence nous poussent parfois à
nous comporter comme des moutons. Des loups sont là pour nous manger..."
(Mamoru Oshii)
BAPTEME DE FEU Entré à 15 ans dans le monde de l'animation, Hiroyuki
Okiura devient animateur sur des séries et des OAV puis sur "Akira"
en 1988, le phénomène international de Katsuhiro Otomo, "Venus Wars"
en 1989 de Yoshikazu Yasuhiko ou encore "Memories" d'Otomo en 1995.
Mamoru Oshii remarque le jeune animateur pour son travail sur "Patlabor
II" et décide de lui confier les postes de concepteur des personnages
et d'animateur clé sur "Ghost in the Shell". Lorsque Oshii réalise
qu'il ne peut pas mettre en scène lui-même "Jin-Roh" pour cause d'emploi
du temps trop chargé, il pense tout de suite à Okiura : "il possède
les qualités combinées de metteur en scène et d'animateur, ce qui
est très rare..." (Mamoru Oshii). Agé de 29 ans, Hiroyuki Okiura réalise
son premier film et participe à l'un des projets les plus ambitieux
de ces dernières années en matière d'animation : "J'ai commencé ma
carrière en tant que simple animateur. Je n'ai jamais eu de formation
de réalisateur et j'étais donc plus libre. J'ai projeté une partie
de moi dans "Jin-Roh". Le résultat est une oeuvre spontanée, vierge
de toutes les contraintes imposées par le cinéma et l'animation."
(Hiroyuki Okiura).
Le scénariste et le réalisateur souhaitent concevoir
"Jin-Roh" comme un film avec prises de vues réelles. Tout commence
donc avec l'écriture d'un script et la réalisation d'un story-board
conçu par Okiura lui-même. Certaines scènes sont ensuite "grossièrement"
tournées en prises de vues réelles à titre de maquettes. Comme à son
habitude, Oshii utilise la grammaire cinématographique : découpage,
montage, durée des plans, ambiance de lumières, etc., comme Satoshi
Kon avec "Perfect Blue" en 1998. "J'adore le cinéma, les films de
Bergman, Bresson, Peckinpah. Lorsque je réalise un film d'animation,
je ne peux pas l'envisager comme un simple dessin animé, mais comme
une oeuvre cinématographique à part entière. Okiura partage cette
vision." (Mamoru Oshii, interview de Bertrand Rougier, Mad Movies,
novembre 1999).
"Certains sujets lyriques ou romantiques se marient
mal avec la froideur de l'ordinateur. J'aime penser que notre manière
d'opérer a apporté un petit supplément d'âme au film. Avec le développement
des techniques numériques, l'animation traditionnelle devient obsolète.
J'espère qu'avec "Jin-Roh" nous avons apporté la preuve que des méthodes
classiques permettent encore d'obtenir un résultat magnifique." (Hiroyuki
Okiura).
La thématique animale est très présente dans l'oeuvre
de Mamoru Oshii. Selon lui, l'homme est une incarnation du chien errant
en quête d'un maître, incapable de survivre hors de sa meute. Il décide
alors d'intégrer à son récit le célèbre conte : "J'ai eu l'idée d'écrire
une histoire qui pourrait être interprétée comme celle d'un homme
et d'une femme mais aussi celle d'un être humain et d'un animal. C'est
alors que j'ai décidé d'utiliser l'histoire du "Petit Chaperon Rouge"
en arrière-plan. (...) J'ai consulté toutes les versions que je pouvais
trouver, notamment celles issues de la tradition orale française.
J'ai fait une synthèse de tous les éléments qui m'avaient ému, et
je ne me suis pas servi d'une version en particulier." (Mamoru Oshii)
Toutefois, la version choisie est assez proche de celle de Jean Baptiste
Victor Smith retranscrite en 1870.
Le conte, très populaire au Japon, est donc intégré
au scénario en arrière-plan mais aussi utilisé de façon plus directe
: la jeune terroriste, surnommée "Petit Chaperon Rouge", porte un
capuchon rouge et sa grande soeur offre le livre à Fusé. Il instaure
surtout une dualité dans le récit : "Les références au "Petit Chaperon
Rouge" ont été pour moi une source d'inspiration intarissable. Elles
m'ont permis de montrer les aberrations du système. La société japonaise
impose très tôt à l'individu de choisir un camp. Il doit ensuite rester
cohérent et ne peut pas modifier ses choix initiaux. La fable du "Petit
Chaperon Rouge" apporte une dimension dramatique et philosophique
unique au récit d'espionnage. Beaucoup de japonais aspirent au changement
dans leur vie, sans pour autant y parvenir." (Hiroyuki Okiura).
Durant l'écriture du scénario, Hiroyuki Okiura
demande à Mamoru Oshii de rajouter un personnage féminin afin de développer
une histoire d'amour. Oshii parvient alors à faire pleurer le jeune
réalisateur comme ce dernier le souhaitait : ""Jin-Roh" est un film
fondé avant tout sur des scènes de massacres et de combats armés,
mais j'étais conscient de la difficulté à construire un film sur ce
type de descriptions. C'est pourquoi j'ai voulu intégrer également
des séquences plus calmes, plus statiques, qui je crois participent
à fonder un équilibre avec les scènes d'action, un rythme général
du film." (Hiroyuki Okiura, interview de Ilan Nguyên, Anime Land,
novembre 1999)
Alors que la majorité des longs métrages d'animation
japonais se déroulent dans le futur, Oshii préfère un passé fictionnel,
rejoignant ainsi l'un des paradoxes de son pays d'origine. Fondée
sur un mélange de traditions et de nouvelles technologies, la culture
japonaise se sert toujours du passé pour raconter le présent et imaginer
le futur. Il imagine ainsi un Japon devenu état totalitaire après
la victoire de l'Allemagne nazie : "L'univers du film est basé sur
une image personnelle du Japon de l'après-guerre. J'ai le souvenir
d'une époque où le Japon et même le monde entier pouvaient encore
changer." (Mamoru Oshii)
Les deux auteurs recherchent un réalisme plus adulte
que celui des habituels dessins animés et décident pour cela de recourir
aux méthodes d'animation traditionnelle : Bandaï, la société productrice,
très présente dans le cinéma japonais (les films de Takeshi Kitano
entre autres), met en place les moyens nécessaires. Plus de 500 techniciens
collaborent au film : les animateurs les plus doués du Studio I.G.
Production, des intervallistes, des coloristes... Ces deux dernières
professions sont de plus en plus rares car l'informatique gère complètement
ces étapes de fabrication. Le projet devient vite le plus cher jamais
géré par Mamoru Oshii. Trois ans de production sont nécessaires pour
ce qui sera probablement l'un des derniers longs métrages d'animation
conçus selon la "vieille école".
Une grande partie de l'équipe
technique et artistique de "Jin-Roh" a participé à l'élaboration de
"Ghost in the Shell". On retrouve ainsi le monteur Shuichi Kakesu,
qui travaille régulièrement pour le cinéma traditionnel, et le directeur
de la photographie, Hisao Shirai, qui débute sur "Mon voisin Totoro"
d'Hayao Miyazaki en 1988 et confirme son talent avec "Perfect Blue".
Shigeru Watanabe, le producteur exécutif, est un producteur heureux
puisqu'il compte à son palmarès des bijoux de l'animation japonaise
comme "Les Ailes d'Honneamise" d'Hiroyuki Yamaga, "Ghost in the Shell"
et "Memories". Le graphiste Takashi Watabe signe en 1995 les décors
du premier sketch de "Memories" sur lequel travaille déjà Hiroyuki
Okiura.
Le souci du réalisme se ressent dans la création
des décors et des ambiances lumineuses qui a nécessité un important
travail de recherche et de documentation. "De nombreuses scènes se
passent dans l'obscurité, notamment la nuit dans les quartiers animés
de Tokyo ou dans des espaces plus sombres comme les égouts. Dans les
années 50, les rues étaient mal éclairées. J'ai donc créé plusieurs
types d'obscurité et j'ai essayé de rendre les scènes de jour les
plus lumineuses possibles. Je voulais ainsi renforcer les contrastes."
(Hiroshima Ogura, directeur artistique).
Le compositeur Hajime Mizoguchi est essentiellement
connu pour ses partitions de séries comme "Reincarnations : Please
Save My Earth" et "The Vision of Escaflowne". Il relève l'enjeu de
signer la musique d'un film aussi complexe que "Jin-Roh", satisfaisant
les attentes de Mamoru Oshii : "Le personnage principal est un loup.
Derrière lui se cachent les puissances invisibles que sont les institutions
et la société. Je voulais évoquer ce qu'il endure. D'ailleurs, la
musique d'Hajime Mizoguchi retranscrit parfaitement les sentiments
que j'avais en tête." (Mamoru Oshii, interview de Bertrand Rougier,
Mad Movies, novembre 1999).
Préférant l'uchronie (utopie appliquée à l'Histoire)
à l'anticipation, le scénario d'Oshii multiplie les références à l'Histoire
: la brigade des Jin-Roh rappelle les Shinsengumi, les milices de
samouraïs du milieu du XIXème siècle chargés de protéger leur seigneur
; leurs costumes font penser aux troupes nazies ; les membres de l'Unité
Panzer font référence au pacte d'acier entre l'Allemagne et le Japon
pendant la Seconde Guerre mondiale ; quant à "La Secte", difficile
de ne pas évoquer la secte d'Aoum qui marqua la conscience collective
japonaise. Avec cette approche, Oshii prend également à contre courant
la mouvance Cyberpunk. Née dans les années 80, ce genre découle directement
de la science-fiction traditionnelle, créant des mondes futuristes
où se bousculent robots, cyborgs et innovations technologiques, et
doit ses lettres de noblesse à Masumume Shirow, auteur des mangas
cultes "Ghost in the Shell" et "Apple Seed".
Les films d'Oshii sont ancrés dans
une réalité sociale et hantés par les souvenirs politiques et historiques
du Japon. Les émeutes du début de "Jin-Roh" rappellent la crise de
1960 au Japon et les manifestations anti-américaines en réaction contre
la guerre du Vietnam entre 1965 et 1970. Les grandes catastrophes
(terrestres et humaines) sont réelles pour les japonais et ont marqué
l'imaginaire collectif. De ce fait, l'apocalypse nucléaire, par exemple,
qui fait partie des images d'ouverture de "Jin-Roh", est au centre
de nombreux films d'animation japonais comme "Akira", "Le Tombeau
des lucioles" d'Isao Takahata (1988) ou encore "Venus Wars".
La réalisation d'Hiroyuki Okiura,
pourtant très personnelle, est aussi caractéristique de l'oeuvre de
Mamoru Oshii. Les plans longs et fixes, les longues séquences de dialogues
et la progression narrative complexe sont assez rares dans l'animation
japonaise mais indissociables d'Oshii. Rempli de signes, "Jin-Roh"
se place dans la tradition du cinéma d'animation pour adultes. La
recherche d'une part d'humanité est un thème récurrent dans l'animation
: le pilote devenu cochon de "Porco Rosso" d'Hayao Miyazaki (1992)
et le soldat-loup de "Jin-Roh" dont la lutte intérieure n'est pas
sans rappeler celle du cyborg de "Ghost in the Shell". Oshii appuie
sa thématique animale dans plusieurs scènes, notamment le rendez-vous
au muséum d'Histoire Naturelle où la belle inconnue est cernée par
des loups empaillés, les "loups" de la police et Fusé. Cette scène
rappelle celle de la Galerie de l'Evolution dans "Ghost in the Shell",
où la mitrailleuse crible de balles un "arbre généalogique" de l'humanité
pour n'en laisser plus paraître que la genèse.
Conçu comme un film de prises de
vues réelles, "Jin-Roh" rappelle certains films. Le rendez-vous entre
les chefs des différents services dans la carrière abandonnée semble
tout droit sorti du "Clan des Siciliens" d'Henri Verneuil (1969).
Les imperméables et les lunettes portés par ces hommes évoquent le
cinéma de Jean-Pierre Melville, cinéaste admiré par les Asiatiques.
Les poursuites dans les égouts, et surtout l'éclairage utilisé pendant
ces scènes, remémorent celles du "Troisième homme" de Carol Reed (1949).
"Jin-Roh" sort sur les écrans français
le 17 novembre 1999, soit pas moins de sept mois avant au Japon (3
juin 2000). En effet, Bandaï espère réitérer l'exemple des films de
Takeshi Kitano dont le statut au Japon a été conforté par l'accueil
et la reconnaissance des critiques européennes.
Prix spécial du Jury et meilleur
film d'animation au Festival international du Film Fantastique de
Porto 1999 Présentation au Festival du Film international de Berlin
1999 (section Panorama) Présentation le 18 mars 1999 au 17ème Festival
du Film Fantastique de Bruxelles Présentation au Festival de l'animation
d'Annecy en juin 1999 Projection 1ère édition Cartoonist de Brest
1999 Présentation au troisième "Fantoche" Festival International du
Film d'Animation de Zurich septembre 1999 Projection en octobre 1999
à l'UGC Ciné Bercy dans le cadre du 2ème Comicket Français.
PAYS : JAPON GENRE : FANTASTIQUE SORTIE FRANCE : 17/11/1999 DUREE TV 97 min. RÉALISATION Hiroyuki OKIURA SCÉNARIO Mamoru OSHII PHOTOGRAPHIE Hisao SHIRAI MONTAGE Shuichi KAKESU DIRECTEUR ARTISTIQUE Hiromasa OGURA SON Kazuhiro WAKABAYASHI MUSIQUE ORIGINALE Hajime MIZOGUCHI PRODUCTION BANDAI VISUAL PRODUCTEUR Tsutomu SUGITA Hidekazu TERAKAWA PRODUCTEUR EXÉCUTIF Shigeru WATANABE Mitsuhisa ISHIKAWA PRODUCTEUR DÉLÉGUÉ Kenji HORIKAWA DISTRIBUTION (FRANCE) CTV INTERNATIONAL |
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